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Les arboretums et leurs intérêts ignorés (1)

Insectes ravageurs, un rôle d’alerte

Les arboretums offrent des informations précoces – et précieuses – aux utilisateurs de végétaux, depuis le producteur jusqu’au paysagiste en passant par les forestiers, les aménagistes d’espaces, les particuliers et professionnels.

Invasion de puceronsInvasion de pucerons

Un arboretum est une formation végétale complexe, un ensemble de biodiversités atypique tant dans sa composition que dans ses structures, mais aussi un énorme réservoir d’habitats, de nourriture tant pour les animaux que pour la flore d’accompagnement et l’immense cortège des champignons. Pour les insectes ravageurs, le choix que propose une collection botanique est ainsi bien plus large que celui des boisements naturels, forêts, bois, boqueteaux, alignements et espaces verts.

L’exemple de la processionnaire du pin

Au sein d’un boisement comptant un nombre important d’espèces de pins ou de chênes, les insectes iront en direction de leurs préférences et appétences. Ainsi pourront être observées des réponses différentes ou complémentaires, quant aux dégâts, entre les peuplements forestiers et ceux des arboretums. Très commune sur le pin maritime et causant d’importantes défoliations de la fin de l’été au printemps, la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) se signale aussi sur épicéas et cèdres, sa préférence s’exprimant cependant nettement en direction des pins à deux aiguilles, notamment les pins noirs (d’Autriche ou laricio de Corse) lorsque le pin maritime est absent. Les arboretums nous renseignent ainsi sur les risques encourus en cas d’introduction massive d’espèces végétales dans une contrée donnée. Véritables “clignotants rouges”, ils constituent des signaux à prendre en compte avant toute décision. Les choix considérables qu’offrent les arboretums aux populations d’insectes ravageurs, mais aussi à leurs prédateurs, conduisent à des biodiversités complexes, à des systèmes biologiques atypiques que les gestionnaires de collections doivent analyser et comprendre, d’autant que les végétaux exotiques sont de plus en plus utilisés dans le tissu urbain. On a évoqué la processionnaire du pin dont les attaques se sont manifestées dans les arboretums du nord de la France sur les épicéas et les cèdres. Malheureusement, d’autres ravageurs, tout aussi dévastateurs, ont conduit au dépérissement de certains épicéas, de cèdres de l’Atlas, de sapins. Quelques cas graves, observés dans les arboretums, méritent d’être cités.

Un “signal” qui fonctionne bien

Le Dendroctone (Dendroctonus micans) ou Hylésine géant de l’épicéa a fait des dégâts importants sur les épicéas communs du Massif Central, dans les années 1970. Les arboretums nous ont renseignés sur la sensibilité de certains autres épicéas, l’épicéa de Sitka et l’épicéa d’Orient, face à la propagation de l’insecte dans les collections botaniques. Ces dernières années, en particulier depuis 2001, ce sont des attaques de scolytes “remontant” du sud de la France qui ont affecté les cèdres de l’Atlas. Aujourd’hui encore, il est courant de voir des cèdres dépérir. Peut-être ces petits insectes, Pityokteines spinidens et Pityokteines curvidens en sont-ils la cause. Là encore, le “signal” fonctionne dans bon nombre de parcs et d’arboretums du nord de la France où sapins et cèdres se côtoient. Il revient à chaque gestionnaire, à chaque propriétaire de vérifier la présence ou non des insectes.

Autre exemple : à partir de 1976, de nombreux ormes champêtres ont disparu de nos haies, bois et forêts, et d’aucuns en ont conclu à une disparition complète de l’espèce, ce qui, fort heureusement, ne fut pas confirmé. Au cours des années qui suivirent, en remplacement des ormes, furent préconisés les Zelkovas ou “ormes de Sibérie”, présumés résistants à la graphiose de l’orme. C’était bien mal connaître les Zelkovas ! Depuis 1978, à l’Arboretum national des Barres (Loiret) des cas de dépérissements sont régulièrement observés sur plusieurs espèces (Zelkova carpinifolia, Z. serrata, Z. sinica) et plusieurs Z. carpinifolia sont morts. Pourtant, 35 ans plus tard, des professionnels conseillent encore d’en planter en remplacement des ormes ! Les collections botaniques, répétons-le, sont des systèmes biologiques complexes ; les indices qu’elles fournissent devraient être beaucoup plus largement communiqués aux utilisateurs du végétal.

Raymond Durand
Président du Comité scientifique d’Arboretums de France