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Les arboretums et leurs intérêts ignorés (2)

Champignons et maladies des arbres

Dans notre premier article sur les intérêts ignorés des arboretums, nous évoquions l’intérêt des collections botaniques, notamment pour les insectes qui trouvent, dans les arboretums, un choix important pour satisfaire leur appétence avec les conséquences que nous connaissons. Les brunissures des cupressacées, des pins, des épicéas, le dépérissement des cèdres ont été constatés dans les arboretums bien avant les cas observés en milieu urbain ou dans la nature. Ce rôle d’alerte des arboretums face aux attaques d’insectes vaut également pour les pathologies liées à la présence de champignons.

Chancre cortical du séquoia géantChancre cortical du séquoia géant - crédit photo Thierry Lamant

Des “clignotants rouges”

Les maladies qui affectent les arbres et les arbustes sont très nombreuses. Pour ce qui intéresse les arboretums, les observations qui y sont faites dans ce domaine sont très précieuses.

En effet, les sujets porteurs de carpophores (chapeaux) de champignons ou montrant des symptômes de dépérissement sont conservés et suivis jusqu’au moment de leur suppression par mesure de sécurité. Tout comme les insectes, les champignons pathogènes n’impactent pas l’ensemble des arbres. Ils “sélectionnent” à partir d’un large choix des espèces ou des groupes d’espèces pour contaminer un espace avant d’atteindre le stade épidémiologique. C’est particulièrement vrai dans les cas de dépérissements dus à des pathogènes racinaires, notamment trois champignons responsables de mortalités importantes : le polypore du pin ou amadouvier vivace (Fomes annosus ou Heterobasidion annosum), l’armillaire couleur de miel (Armillaria mellea) et la collybie en fuseau (Collybia fusipes). Les observations faites dans les arboretums ont permis d’évaluer la sensibilité des végétaux aux effets de ces trois importants pathogènes. Les informations récoltées ont une valeur ponctuelle mais, rapprochées de celles des autres collections, elles sont “le clignotant rouge” indiquant que certains arbres et arbustes sont plus sensibles que d’autres à des attaques pathologiques identifiées. Au sein d’un arboretum, les champignons pathogènes, comme les insectes, sont de précieux indicateurs pour les professionnels forestiers, les paysagistes et autres gestionnaires du patrimoine naturel.

Quelques exemples

Les arboretums ont permis de dresser une liste assez étendue d’arbres affectés par l’amadouvier vivace (Fomès). Outre les conifères qui sont sa préférence, l’amadouvier vivace est responsable de cas de mortalités chez les feuillus plantés dans les parcs. Les dégâts qu’ils causent chez les épicéas, pins de l’Orégon, pruches, sapins sont souvent importants chez les vieux arbres. Les arboretums ont permis de confirmer la sensibilité du sapin de grandis à cet amadouvier. L’armillaire couleur de miel est un redoutable fléau pour de nombreux feuillus, les chênes en particulier. Elle s’installe indifféremment sur toutes les espèces de chênes, américains compris. Ainsi les collections spécialisées permettent-elles aujourd’hui d’affiner les constats et les choix en direction des taxons les moins fragiles. Un autre agent pathogène affectant les chênes est la collybie en fuseau. Sans obligatoirement faire mourir rapidement les arbres, ce champignon cause des dégâts conduisant à des chutes de grosses branches, ce qui oblige à une surveillance attentive des sujets.

À ces pathogènes racinaires, s’ajoutent dans les parcs et arboretums les champignons lignivores responsables de pourritures. Une vingtaine de champignons, responsables du bris de grosses branches, voire de troncs, vont, eux aussi, faire un choix dans la diversité qu’offre un arboretum. Ce sont ces “choix” que l’observateur devra consigner afin d’informer les revues techniques de ses observations. Aujourd’hui, qui sait que le savonnier est sensible au ganoderme aplani ? Que les peupliers peuvent porter le polypore du frêne ? Que les troènes affectés par l’armillaire couleur de miel dépérissent ? La liste est longue. Les arboretums ont-ils des intérêts ? D’aucuns affirment que NON ! Savent-ils vraiment ce qu’est un arboretum en marge des magnifiques couleurs qu’ils y admirent au printemps et en automne ?

Raymond Durand
Président du Comité scientifique d’Arboretums de France