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PLAIDOYER POUR DES MAL AIMES : Chiroptères, nos amis (2)…

“Attention, les chauves-souris se prennent dans les cheveux ! ” Le nombre de “on-dit” sur les chiroptères est à la mesure de la peur qu’ils suscitent. Quel paradoxe : c’est la petite bête qui fait peur à la grosse !

Chauve sourisPhoto Laurent Arthur (Bourges)

Amis lecteurs, imaginez-vous par une nuit noire. Regardez devant vous le décor connu et pensez que vous allez faire un parcours quelconque. Fermez les yeux, partez. Bien vite, inconsciemment, vous dévierez de votre ligne droite, ne saurez plus où il faut obliquer ou tourner. Sans vos yeux, vous perdrez la vision binoculaire, la notion des distances et reliefs et vous vous retrouverez contre un obstacle ou à terre… ou à l’hôpital ! Par nuit noire, sans lune ni étoiles, il y a peu d’animaux qui y voient… Et pourtant, dans ce noir total, notre chiroptère fait son marché et se sustente. Comment fait-il pour se diriger, contourner les obstacles, détecter et capturer ses proies volantes ou posées ? En fait, cet animal est “un missile auto-guidé et auto-ravitaillé en vol !”

Une gamme d’ultrasons

Un abbé italien, Lazzaro Spallanzani (1729- 1799) se fixa sur ce problème. Il tenta nombre d’expériences sur une colonie de chauves-souris et alla même jusqu’à leur crever les yeux. Il constata qu’elles se déplaçaient et se nourrissaient comme auparavant et n’élucida pas le problème ! C’est entre 1938 et 1941 que les Américains B. Griffin et G. Pierce, puis avec Galambos, trouvèrent la solution après maintes expériences dont l’obturation des oreilles. Après cette opération, les chauves-souris ne pouvaient plus se diriger : voyaient-elles avec leurs oreilles ? Cocasse !

Finalement, ces savants conclurent que ces petits animaux se dirigeaient en émettant des ultrasons et en analysant instantanément les échos en retour. Emises par la bouche pour la majorité des espèces, et par les narines chez les rhinolophes, ces émissions s’étagent de 10 à 110 Khz(Kilohertz) (l’oreille humaine ne perçoit plus les sons au-delà de 18 Khz). Chaque espèce a sa propre gamme, avec même des variantes inter-espèce.

Chauve souris

Les faisceaux émis par la bouche sont dirigés par elle. Chez les rhinolophes, c’est la “feuille nasale” (une membrane complexe, conque mobile et déformable – voir croquis) qui joue ce rôle. Autre curiosité, chaque espèce a sa propre taille et forme d’oreille. Hormis les rhinolophes, toutes ont un oreillon, le tragus (voir croquis) situé devant et à la base de l’oreille. Sa présence paraît inutile, car même après ablation le système ultrason/écho n’est pas affecté. La chauve-souris utilise aussi des sons ordinaires, audibles par l’homme, surtout pour les contacts entre individus. Certains, comme ceux de la noctule commune, s’entendent jusqu’à 50 mètres.

Des possibilités très complexes

Nous avons survolé le principe d’écholocation. Mais dans la réalité ses possibilités sont bien plus complexes. Imaginez des dizaines de chauve-souris de plusieurs espèces virevoltant dans et autour d’un arbre près d’une rivière ou d’un étang d’où émergent des centaines d’insectes. Ce sont des centaines de faisceaux d’ultrasons qui sont émis en même temps, se croisant, ainsi que leurs échos. L’oreille humaine ne perçoit rien de tout cela. Mais avec un détecteur d’ultrasons qui les transforme en sons audibles, c’est un brouhaha infernal qui ne permettra pas d’identifier les espèces en présence. D’autres animaux ont recours aux ultrasons : les cétacés, les musaraignes, les tanrecs, par exemple, et même des oiseaux cavernicoles en forêt équatoriale comme le Guacharo, le Collocalia et le Picathartes. Au fait, croyez-vous toujours que les chauve-souris vont se prendre dans vos cheveux ?

Jean-Claude VIGNANE “Chiroptérologue” amateur

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