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PLAIDOYER POUR DES MAL AIMES : Chiroptères, nos amis (3)…

Survolons l’alimentation réelle des soi-disant “Dracula”… Il s’agit majoritairement de repas pris en vol et non sur le cou des humains !

Chauve sourisChampionne toutes catégories, six moustiques à la minute, 1,8 kg par saison !
Photo Laurent Arthur (Bourges)

Bien sûr le vampire existe. Il se nomme Desmodus. De la taille de nos chauves-souris, il est hématophage, prélevant du sang sur les mammifères, dont l’homme. Si l’animal mordu est malade, le petit Dracula transmettra, par sa salive, les microbes ou virus à sa prochaine victime saine. Cette chauve-souris ne vit qu’au sud du Mexique, en Amérique Centrale et au nord-ouest de l’Amérique du Sud.

Des insectivores

Les chiroptères ont des régimes alimentaires très différents. Les trente-quatre espèces françaises sont insectivores. Ce sont de grosses mangeuses, en raison d’une règle qui veut que plus un animal est petit, plus sa consommation est grande par rapport à son poids. Un éléphant consomme par jour 5 % de son poids, une souris 50 %. Motif : la surface du corps est le siège d’une déperdition d’énergie et de chaleur et l’importance de cette surface est en proportion inverse du volume de l’animal. Plus un volume est petit, plus sa surface sera proportionnellement grande. On comprend donc que les chauves-souris, avec leur grande surface corporelle et alaire et leur petit volume, soient de grosses mangeuses. Pour preuve, une colonie de reproduction de grands murins (un individu pèse 25 g), en cinq mois de présence au gîte estival, produit 50 kg de guano. Mais en plus de ces cinq mois, les chauves-souris sont actives trois mois en d’autres lieux, ce qui fait 80 kg en huit mois. Notons que la digestion est de 12 heures, donc les excréments sont produits de jour dans les gîtes. Le guano peut être analysé pour trouver les espèces d’insectes consommées (nombre de parties dures, chitineuses, ne sont pas digérées : griffes, mandibules, élytres). Ce sont des coléoptères (caraboïdes), orthoptères (sauterelles, grillons), hyménoptères (guêpes), diptères (mouches, moustiques, tipules), myriapodes (mille pattes), araignées. Pour beaucoup d’autres espèces de chauves-souris, ajoutons papillons et chenilles.

Ravitaillement en vol et au sol

Nos chauves-souris font leur marché en vol, jusqu’à plus de 100 mètres d’altitude, mais aussi “au ras des pâquerettes” et au sol pour cueillir araignées, fourmis, sauterelles, grillons, mille pattes. Les 80 kg de guano représentent les restes de millions d’insectes et autres petites bestioles. Imaginez la descendance que ces millions auraient eue ! Objectivement, dans ces millions détruits, un grand nombre était plus utile que nuisible. Mais la notion de “nuisible” est tendancieuse, tout dépend des intérêts de celui qui juge. Convenons donc que nos chauves-souris sont un insecticide efficace, gratuit et non polluant (les insecticides classiques employés en culture sont peu ou pas sélectifs). Chacune de nos pipistrelles communes (5 à 6 g) espèce la plus répandue, peut consommer un millier de moustiques par nuit…

Une ennemie, la pluie

La nuit, par temps de pluie, les chauves-souris ne sortent pas car il n’y a pas d’insectes volants. De plus, les gouttes de pluie forment comme un mur d’échos (voir écholocation). Elles ne peuvent donc se diriger et s’alimenter ces nuits là. Un adulte supporte ce régime, mais une mère ne peut avoir de lait[1] et les nouveaux-nés meurent. Une année où il y a eu huit nuits de suite avec pluie, dans une colonie de reproduction, il y a eu 400 naissances… et 400 morts (c’est encore une fragilité des chiroptères).

1- Les mères allaitent leurs petits un mois

La composition du guano

C’est un amendement riche en matières organiques. Il contient des éléments primordiaux pour la croissance des végétaux et des oligo-éléments indispensables.

  • Pouvoir de rétention en eau : 44,10%
  • Composition sur extrait sec : azote nitrique, 1,40% ; azote ammoniacal, 1,31%
  • Phosphore (P205), 2,34% ; potasse (K20), 1,14% ; calcium, 0,40% ; magnésium, 0,22%
  • Fer, 840 ppm ; zinc, 373 ppm ; manganèse, 238 ppm
  • Matières minérales, 7,92% ; matières organiques, 92,08%

Jean-Claude VIGNANE “Chiroptérologue” amateur

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