Actus | Info

PLAIDOYER POUR DES MAL AIMES : Chiroptères, nos amis (4)… “Attention, les chauves-souris font plein de petits !”

On en entend de belles sur ces infortunés chiroptères ! Ces on-dit absurdes viennent d’une mauvaise interprétation de faits réels. Observons donc de plus près la reproduction de nos amis nocturnes, avec ses originalités.

Colonie de Chauve sourisColonie de Grands murins

Les jeunes nés en mai-juin, sauf exception chez les rhinolophes et les minioptères, ne sont pas matures à la copulation de l’automne. Ce n’est qu’un an plus tard qu’ils pourront s’accoupler. Le mâle transmet alors ses spermatozoïdes à la femelle, semence qu’elle conservera durant les quatre mois d’hibernation. C’est au sortir de celle-ci, en mars, qu’il y aura ovulation puis deux mois de gestation. La parturition a lieu, suivant les espèces et l’âge de la mère, en mai ou juin et jusqu’au début juillet chez les pipistrelles par exemple. Les mères âgées mettent bas les premières. Il n’y a en général qu’un seul petit, quelquefois des jumeaux, que la mère allaitera un mois et demi.

Le gîte de reproduction sera déserté courant août à mi-septembre. Les pipistrelles peuvent rester dans le même bâtiment, d’autres passeront du grenier à la cave. Il y a migration pour la majorité des espèces avec gîtes intermédiaires. Les gîtes pour hiberner peuvent être très proches ou à des centaines de kilomètres. A part quelques espèces qui passent l’année en cavités, la plupart, pour la mise bas, choisit des gîtes chauds, sous toiture d’ardoises par exemple, le noir captant la chaleur. Il n’y a pas de nid et les petits naissent nus. Le plus souvent les mères se suspendent aux poutres, groupées en essaim. S’il fait trop chaud, elles s’étalent sur les parois du gîte et descendent de plus en plus bas. Il peut y avoir de 5 à 10° d’écart entre sol et plafond.

La mise bas

La parturiente n’est pas “tête en l’air”. Elle est pendue à une poutre, tête en bas ! Elle n’y a aucun mérite : pour l’accrochage par les griffes des pieds, le poids du corps commande automatiquement la fermeture des doigts. Pour la mise bas, ce n’est pourtant pas le top du confort… Quand le petit est sur le point de naître, sa mère replie l’uropatagium vers le ventre, ce qui forme une poche. Le nouveau né s’accroche à la fourrure maternelle, le plus souvent invisible sous une aile pliée contre le ventre. Dès sa naissance, il a les pouces et les griffes des pieds de même taille que ceux de sa mère, permettant un bon accrochage au ventre. Il y restera environ une semaine et sera chaque nuit du voyage vers les lieux de chasse. Ce supplément de poids à porter en vol explique probablement que les femelles aient une envergure supérieure à celle des mâles.

Puis les jeunes, ayant pris du poil et du poids, resteront seuls au gîte, en essaim pour se tenir chaud. Au petit matin, chaque mère récupérera son petit et l’allaitera, durant un bon mois. Fin juillet début août tous les jeunes auront acquis la taille des adultes. Leur “radar” fonctionne et ils peuvent désormais sortir la nuit pour aller se nourrir.

Des animaux vulnérables

Il faut souligner la fragilité des chauves-souris à cette époque de l’année à cause de la pluviométrie. S’il pleut à l’heure de partir chasser, elles ne sortent pas. D’abord parce qu’il n’y a pas d’insectes volants par temps de pluie, ensuite parce que les gouttes d’eau font obstacle à leur radar. Résultat : pas de sortie, pas d’alimentation, pas de lactation.

Exemple dans une colonie à Chilleursaux- Bois, en 1987. Il a plu dix nuits de suite au moment des naissances. Il y a eu 400 nouveaux-nés, tous sont morts. Puis, la pluie ayant cessé, il y a eu encore 40 naissances et allaitements sans problème. Et si les adultes peuvent tenir lors de disettes grâce à quelques réserves, ce n’est pas le cas des nouveaux-nés. Au fait, il paraît quand même que les chauves-souris font plein de petits. On a vu en effet de petites colonies doubler, voire tripler leurs effectifs ! L’explication est fort simple : une ou des colonies voisines, mal logées ou délogées, se sont tout simplement jointes à la première dont le gîte est plus attractif. Dans le ciel comme sur terre, certains ne voient que ce qu’ils veulent bien – ou ont envie – de voir !

Jean-Claude VIGNANE “Chiroptérologue” amateur

Article précédent | Article suivant