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PLAIDOYER POUR DES MAL AIMES : Chiroptères, nos amis (Fin)… Avec l’hiver vient l’hibernation.

La belle saison s’estompe, la température baisse, il n’y aura bientôt plus d’insectes accessibles. Que faire ? Migrer à des milliers de kilomètres pour se nourrir ? Ne plus manger ? Les chauves-souris ont opté pour une troisième solution : l’hibernation.

Hibernation des chauves-sourisMurins à oreilles échancrées en hibernation (photo R. Hardouin)

Une vie au ralenti, qui ne permet aucune activité : c’est cela l’hibernation. La chauve-souris réduit sa respiration et les battements de son coeur, abaissant sa température vers 7 à 8°. Au toucher son corps est froid, comme mort. Ce changement physiologique requiert des conditions précises. Il faut que l’animal ait pu accumuler de la graisse à la belle saison, qu’il trouve un gîte de température à peu près constante (5 à 10°) et à l’hygrométrie élevée (environ 85 %), qu’il n’y ait ni bruit ni lumière pendant au moins quatre mois !

Comment réunir ces conditions de survie ? Tous dépend des espèces et de leur lieu de naissance. Les Pipistrelles communes se déplacent peu et trouvent à s’infiltrer dans les doubles cloisons, les isolations du bâtiment gîte estival. Elles n’ont pas besoin d’hygrométrie élevée.

Les Pipistrelles de Nathusius et de Kuhl, en revanche, s’en vont très loin. Présentes en été dans les pays nordiques, certaines vont hiberner dans les grottes du sud-ouest français. Ces si petites bestioles parcourent donc chaque automne 1 500 kilomètres et autant au printemps en sens inverse.

Les Noctules communes sont aussi de grandes voyageuses, passant l’été dans des creux d’arbres et recherchant la même chose pour hiberner, mais à des centaines de km au sud.

Des migrations mal connues

Qu’ils soient proches ou lointains, ces déplacements demeurent méconnus. Des chiroptères comptabilisés en été ne sont pas retrouvés en hiver. Dans le Loiret, par exemple, quelques gîtes de reproduction de Grands Murins totalisent 1 000 à 2 000 individus. Lors des comptages hivernaux dans les principales cavités du département on n’en trouve qu’une centaine. A l’inverse, on connaît très peu de gîtes d’été de Murins à oreilles échancrées alors qu’on en compte un millier en hibernation.

Pour chaque espèce le gîte d’hibernation est le même chaque hiver, ou très proche. Les juvéniles suivent les adultes et ainsi se perpétue la connaissance du “où aller”. On peut trouver des essaims de 10 ou de centaines d’individus. S’il y a dérangement et que les chauves-souris se réveillent (ce qui ne devrait se produire qu’au printemps), il leur faut consommer une partie de la graisse prévue pour passer l’hiver. Si celle-ci vient à manquer, il y aura mort sur place. Pour compenser la mortalité, les chiroptères, qui ne font qu’un petit par an, ont une longévité de 15 à 30 ans.

L’araignée, la punaise et la chauve-souris

Chers lecteurs, je ne voudrais pas vous quitter sans vous narrer cette anecdote qui souligne la surprenante capacité d’adaptation de la nature. Dans une colonie estivale de mise bas de Grands Murins, il a été trouvé des punaises similaires à celles qui parasitent l’homme : des “cimex pipistrelli”, qui se nourrissent uniquement du sang de chauves-souris. Alarmante découverte. Mais on a aussi trouvé de petites araignées, sans toile, cachées elles-aussi dans les fissures des murs. Ouf, ces aranéides se nourrissent des dites punaises ! Et le système fonctionne cinq mois de l’année, pendant la résidence d’été de nos Grands Murins. Mais alors, quand ceux-ci sont partis hiberner ailleurs, que deviennent punaises et araignées ? Elles hibernent sur place, tout simplement !

Jean-Claude VIGNANE “Chiroptérologue” amateur

Pour en savoir plus : “Les mammifères sauvages du Loiret” (162 pages – 65 photos couleur – 20 euros + 3,50 de port). Commandes à : jean-claude [--{point}--] vignane [--{arobase}--] orange [--{point}--] fr

Prière de ne pas déranger !

Il ne faut surtout pas déranger les chauves-souris ! Puisque qu’elles ne sont pas présentes l’hiver dans leurs gîtes d’été (greniers par exemple), si vous avez des travaux à effectuer, c’est le moment ! Notez qu’il existe des produits de traitement du bois qui ne produisent pas de solvants nuisibles aux chiroptères. On peut se fabriquer ou acheter des nichoirs de substitution à placer à l’extérieur, en hauteur, côté ensoleillé. Ils seront habités en été seulement.

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