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Colloque de la Magnolia Society, en Pologne

Grâce au soutien d’Arboretums de France, Thierry Lamant a pu représenter l’arboretum des Grandes Bruyères lors de la rencontre annuelle de la MSI (Magnolia Society International – 719 membres pour 42 nations), qui a eu lieu en Pologne du 12 au 17 avril. Un colloque riche d’enseignements, entre échanges et sorties sur le terrain, pour ce dendrologue fréquemment missionné pour des voyages d’exploration botanique. Il raconte.

Les congressistes

La Pologne n’est pas un pays où les magnolias se développent spontanément. Le climat permet essentiellement d’y rencontrer les magnolias étoilés (Magnolia kobus, M. x loebneri, M.salicifolia, M.stellata), Magnolia acuminata, quelques rares macrophylles (M.hypoleuca, M.tripetala) et bon nombre d’hybrides à base de Magnolia x soulangeana ou issus des obtentions de Gresham entre autres.

Visites et rencontres

Le jardin botanique de Wroclaw (Breislau) est très riche. Ancien site botanique (1811), il abrite de nombreux rhododendrons botaniques (Rhododendron makinoi, R.pachytrichum…) et plusieurs Corylopsis. Quercus bicolor, Gymnocladus dioica et Ulmus laevis constituent également d’autres sujets intéressants de par leurs dimensions. L’arboretum de Wojslawice, près de Niemcza, a lui été créé en 1988. Sa collection de magnolias est importante de par ses hybrides, dont l’un fut planté par plusieurs membres de la MSI. Ces deux visites ont chacune été coupées par les séances en salle dans un magnifique amphithéâtre du jardin botanique de Wroclaw. C’est en ce lieu qu’il me fut permis de présenter le site des Grandes Bruyères aux quelque cinquante personnes qui constituaient notre groupe.

Spécimen de Magnolia kobus à l’Arboretum de WojslawiceMagnolia kobus à l’Arboretum de Wojslawice

L’arboretum de Kornik, situé près de Poznan nous a accueilli par un bel et chaud après-midi. Etabli au cours du XIXe siècle, ce vaste ensemble de 50 hectares est constitué d’un mélange harmonieux d’espèces locales de très grandes dimensions (le mélèze d’Europe et l’aulne glutineux par exemple) et d’exotiques (Larix occidentalis, Taxodium distichum, Aesculus turbinata, Magnolia acuminata). Le bâtiment qui accueille le public se situe en dessous de la canopée d’un Phellodendron amurense ! Le lendemain, après un bref passage à l’arboretum national (et pépinière) de Sycow, nous nous sommes rendus à la pépinière Zymon à Opatowek. Stanislas Zymon est le plus important producteur de plants en Pologne. Il exporte ses magnolias dans toute l’Europe et en Asie. Il nous a exposé une partie du secret de sa production de jeunes plants, non pas greffés mais issus de boutures. Une culture sous serre et sous brumisation à 170 bars de pression permet, sans couper la feuille en deux, le développement de très courtes boutures feuillées de magnolias. Si les espèces à fleurs en coupe tel Magnolia sieboldii et les macrophylles comme M.officinalis lui posent problème, il n’en est rien avec bon nombre d’hybrides et magnolias étoilés. Son catalogue nous a permis d’admirer l’étendue de son choix, avant une visite de son vaste parc à pieds-mères qui permet de produire les boutures ensuite placées en développement sous brouillard. La qualité racinaire de ces plants est remarquable.

Nous avons le lendemain rejoint Varsovie, puis nous avons parcouru les nombreuses allées de l’arboretum universitaire de Powsin, dans la banlieue. Il recèle de très nombreux conifères dont une très belle allée de Cupressus nootkatensis. Ce fut aussi pour moi l’occasion d’observer pour la première fois de véritables sujets de Larix sibirica, très rarement bien identifiés en culture. J’ai pu constater le parfait état sanitaire d’espèces subalpines comme Abies lasiocarpa ou plus généralement exigeantes en hygrométrie comme le très rare Tsuga caroliniana ou bien Abies grandis dont les plantations françaises ont fortement décliné depuis les épisodes caniculaires récents. Pour le moment les changements globaux ne semblent, en effet, pas être aussi marqués qu’en Europe de l’Ouest. Le jardin botanique est aussi remarquable par les dimensions exceptionnelles de certains arbres, réputés courants, charme, cornouiller mâle, et son érable champêtre de 1818.

La France organisatrice ?

Tout autant que la découverte d’arbres remarquables, de beaux hybrides de magnolias (‘Sunrise’, dont le bouton jaune verdâtre est teinté d’une flamme basale rougeâtre) et de jardins, ce meeting fut l’occasion de belles rencontres humaines. Une majorité des représentants des 11 nationalités présentes étaient nouveaux, à l’exception de Gary Knox (actuel président de la MSI), Andrew Bunting, Hiroshi Azuma et Dick Figlar, ce très grand spécialiste des magnolias.

Le prochain meeting international aura lieu en 2016 à Philadelphie. Lors d’un repas, Anita, l’épouse de Dick Figlar, m’a demandé sur le ton de la plaisanterie si la France était prête à organiser une de ces rencontres. J’ai répondu par l’affirmative sans réfléchir mais depuis l’idée a fait son chemin. Un récent voyage à Nantes, la ville du Magnolia en France (lieu d’introduction de Magnolia grandiflora en 1711) a confirmé cette idée devant l’enthousiasme du personnel des espaces verts de la ville. De nombreux sites seraient à visiter et nous pourrions terminer ce périple par la collection des Grandes Bruyères (Collection nationale classée CCVS, la collection de magnolias est riche de quatre-cents spécimens appartenant à vingt-six espèces et cent cinquante huit variétés et cultivars) qui a fortement impressionné l’auditoire. Ce serait une belle reconnaissance du monde dendrologique international !

Thierry Lamant