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Des conifères rares et menacés conservés aux Grandes Bruyères

Récemment classée “Collection végétale spécialisée”, la collection de conifères de l’Arboretum des Grandes Bruyères (Vous pouvez encore parrainer un conifère pour enrichir la collection (150 €), illustre éloquemment le rôle déterminant des arboretums dans la conservation des espèces. Une fonction essentielle, malheureusement souvent minimisée.

Spécimen de TaiwaniaSpécimen de Taiwania photographié à Ingrannes

Avant toutes choses, il faut rappeler ce qu’est l’UICN, (Union internationale pour la conservation de la nature) : un organisme indépendant dont le travail est “d’influencer, d’encourager et d’assister les sociétés du monde entier, dans la conservation de l’intégrité et de la diversité de la nature, ainsi que, de s’assurer que l’utilisation des ressources naturelles est faite de façon équitable et durable”.

Elle a ainsi soutenu de nombreux pays dans des projets visant à mettre au point des stratégies en matière de conservation et de biodiversité. L’UICN a émis une classification (sous forme de codes en lettres) qui fait autorité aujourd’hui, et qui sépare en deux catégories générales les espèces menacées de celles qui ne le sont pas. Dans cette dernière, nous allons laisser de côté les espèces pour lesquelles la méthodologie d’évaluation n’est pas applicable (NA) ou qui n’ont pas été évaluées (NE), et enfin celles dont on ne dispose pas de données suffisantes pour le faire (DD). Viennent ensuite les espèces à préoccupation mineure (LC), comme par exemple celles à aire naturelle vaste et qui ne sont pas soumises à des processus de régression d’effectifs, ou qui font l’objet d’exploitation relativement modérée avec quelques risques potentiels (NT).

Trois catégories d’espèces menacées

Les espèces dites menacées, qui nous intéressent ici, se répartissent en trois catégories :

  • Vulnérables (VU) : les espèces sont exposées à des menaces relativement élevées
  • En danger d’extinction (EN) : les menaces sont considérées comme élevées
  • En danger critique d’extinction (CR) : les menaces sont si fortes que la disparition est imminente

Il reste deux autres critères, qui se distinguent des précédents, celui qui liste les espèces totalement éteintes (EX) et celui qui concerne les espèces dont la survie est uniquement assurée en arboretums et jardins botaniques (EW). L’exemple emblématique est Franklinia alatamaha, un joli arbuste de la famille des camélias et qui n’a plus été revu dans sa Georgie natale depuis 1803, soit moins de deux siècles après le débarquement des colons européens sur les actuels Etats-Unis. Cette magnifique théacée fleurit en même temps que ses feuilles caduques changent de couleur en automne et il est possible de l’admirer en plusieurs exemplaires à l’Arboretum des Grandes Bruyères.

49 espèces menacées présentes aux Grandes Bruyères !

Franklinia alatamahaSpécimen de Franklinia alatamaha
de l’Arboretum des Grandes Bruyères

Durant l’été 2014, les spécialistes des conifères au sein de l’UICN ont édité une enquête réalisée au sein du Botanic Garden Conservation International, une institution qui regroupe les jardins botaniques voués à la conservation de la diversité végétale du monde. Accessible sous la forme d’un fascicule téléchargeable en ligne, elle s’intitule “Global survey of ex situ conifer collections” (Enquête mondiale sur les collections de conifères situées en dehors de leur aire naturelle). On y retrouve l’intégralité des espèces de conifères du monde évaluées par l’UICN, et même si la taxonomie employée ne fait pas forcément l’unanimité, force est de constater que tout propriétaire de collection botanique peut s’y retrouver.

A l’Arboretum des Grandes Bruyères, je me suis attelé à lister les conifères présents afin de montrer la pierre essentielle qu’il apporte – autant que faire se peut – à l’édifice de conservation des espèces en dehors de leur milieu naturel.

J’ai ainsi dénombré pas moins de 49 espèces menacées :

  • 8 espèces de Catégorie CR : Abies nebrodensis, A. pindrow ; Cupressus stephensonii ; Glyptostrobus pensilis ; Picea koyamae, P.neoveitchii ; Taxus floridana et Torreya taxifolia
  • 19 espèces de Catégorie EN : Abies fraseri, A.koreana, A.bornmuelleriana ; Araucaria araucana ; Calocedrus formosana ; Cedrus atlantica ; Cupressus goveniana, C.nevadensis ; Ginkgo biloba ; Metasequoia glyptostroboides ; Picea asperata var.notabilis, P.chihuahuana, P.omorika ; Pinus armandii var.mastersiana, Pinus maximartinezii, Pinus radiata ; Pseudotsuga japonica ; Sequoia sempervirens et Sequoiadendron giganteum. (D’aucuns pourraient s’étonner de trouver dans cette liste l’Araucaria du Chili, le cèdre de l’Atlas, le Ginkgo et les deux séquoias tant ils sont fréquents dans nos parcs et jardins mais l’évaluation de l’UICN se base sur les conditions de vie de ces espèces en milieu naturel seulement !).
  • 22 espèces de Catégorie VU : Abies durangensis var.coahuilensis, A.fabri, A.recurvata, A.recurvata var.ernestii ; Cathaya argyrophylla, Cedrus brevifolia, C.libani ; Cupressus chengiana, C.gigantea, C.sargentii ; Keteleeria evelyniana ; Picea asperata, P.brachytyla, P.breweriana, P.likiangensis, P.likiangensis var.rubescens, P.torano ; Pinus muricata ; Pseudolarix amabilis, Taiwania cryptomerioides ; Thuja koraiensis et Torreya californica.

Un patrimoine sauvegardé

Il vous faudra attendre le printemps 2015 pour aller admirer ces arbres, souvent représentés en plusieurs exemplaires par espèce, et vous pourrez constater que la rareté d’un végétal ne le rend pas forcément moins attractif que les autres ! De tels individus permettent de conserver une petite partie du patrimoine génétique de chacune de ces espèces, en attendant des jours meilleurs dans leur pays d’origine où ils pourront, qui sait, contribuer à renforcer des effectifs et rapporter de la diversité génétique disparue.

Par Thierry Lamant, ingénieur des eaux et forêts (USC ONF-INRA, Centre de recherche d’Orléans)

Extension paysagère en “Asie”

Un important travail a récemment été engagé à l’Arboretum des Grandes Bruyères sur l’espace paysager consacré aux espèces originaires d’Asie, en particulier les conifères. Pour faire place aux nouveaux spécimens destinés à enrichir la Collection nationale classée – notamment des arbres originaires de l’Himalaya ou de Corée, élevés en pépinière à l’Arboretum – et pour leurs donner plus d’espace , l’“Asie” s’agrandit et de nombreux déplacements et plantations sont en cours de réalisation. Beaucoup de sujets exceptionnels, aujourd’hui bien adaptés aux conditions de la Forêt d’Orléans, vont ainsi pouvoir s’épanouir dans un cadre paysager conçu pour les mettre en valeur.