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Le conseil du dendrologue

Photos de l'arbusteHeptacodium miconioides (photos Thierry Lamant)

Si la “plante providentielle” n’existe guère, il est difficile de résister à certains arbres ou arbustes qui présentent de nombreux intérêts ornementaux. C’est le cas du Heptacodium miconioides. Par Thierry Lamant

Seul représentant de son genre, Heptacodium miconioides est un arbre d’au moins 7 m de haut dans son aire naturelle avec souvent un port arbustif en culture. De la famille des Caprifoliacées (Lonicera, Weigela, Kolkwitzia amabilis), on le rencontre sur des sols acides le long des vallées alluviales des montagnes de l’Est de la Chine (province d’Hubei), où il a été découvert, ainsi que dans celles du Zhejiang et d’Anhuin entre 600 et 1 000 m d’altitude. Ce végétal montre une grande rusticité vis-à-vis du froid, capable de résister au moins à -15° C avec plusieurs semaines consécutives de gel. On sait également qu’il reçoit une abondante pluviométrie (1 280 à 1 545 mm annuels) dans un contexte nébuleux, avec une hygrométrie qui tutoie les 90 % en été ! Il s’agit réellement d’un arbuste de climat subtropical.

Redécouvert dans les années 80

Découverte en 1907 par Ernest Wilson, la plante n’est décrite qu’en 1916 par Alfred Rehder. Puis le botaniste Herbert Airy-Shaw la décrira plus tard sous le nom d’Heptacodium jasminoides du fait de son parfum. Mais il faut attendre 1980 pour qu’une expédition commanditée par l’Arnold Arboretum (USA) récolte des graines qui, cette fois, vont germer. Le vénérable institut va alors diffuser la plante dans les principales collections mondiales dont l’arboretum Hillier (Grande- Bretagne), qui le plante en 1987. Les sujets présents en culture, au moins en France, seraient donc des clones du grand sujet planté à proximité de Jermyns House.

L’arbre planté à l’arboretum Hillier mesurait près de 8 m de haut en 2011 pour une circonférence basale de 114 cm et une envergure de couronne de 6 m quelque peu contrariée par la présence immédiate d’un chêne. Il provient du jardin botanique d’Hangzhou.

Une floraison remarquable

Heptacodium miconioides apprécie le plein soleil et supporte la mi-ombre. Il pousse sur sols frais à moyennement frais mais bien drainés. Il débourre habituellement en mars et peut être sujet au gel printanier précoce. Sa ramification est opposée. Les jeunes pousses sont brun-rougeâtre et légèrement pubescentes. Les feuilles sont caduques et mesurent 7 à 16 cm de long pour 4 à 8,5 cm de large. Le revers est pubescent au niveau des nervures.

Ses fleurs apparaissent de fin août à octobre. Les inflorescences mesurent jusqu’à 15 cm de large. Les fleurs sont blanches, composées de 6 pétales et de 5 sépales. Elles apparaissent en verticilles et en position terminale et leur parfum est très prononcé et agréable. La floraison s’étale sur 6 à 7 semaines. Les fruits, rares à observer, sont des akènes rappelant des drupes de couleur rouge-violacé ne dépassant pas 1 cm de long.

L’arbre, polycyclique, peut effectuer deux pousses dans l’année. En hiver, son écorce s’exfolie en longues lanières fibreuses blanc-beige. Son bois est cassant mais peut supporter le poids de la neige si elle n’est pas trop gorgée d’eau.

C’est une plante relativement peu fréquente dans la nature et l’UICN, qui liste les espèces menacées, la classe comme “vulnérable”. Les populations peu nombreuses sont pillées et son habitat naturel fait l’objet d’exploitations forestières. Il tend à disparaître à l’état sauvage. En Chine, dans les Monts Tiantai, son élevage et sa protection ont été confiés à des fermiers.

Facile à reproduire

Il est aisé de le reproduire par bouturage et, au bout d’un an, il est prêt à être transplanté. Il reste cependant peu facile à trouver dans le commerce, ce qui est dommage compte tenu de son élégance, de son écorce originale et de sa floraison parfumée tardive et de longue durée. Il ne semble pas non plus montrer une quelconque sensibilité à un ravageur ou une maladie. Je conseillerais de planter cet arbre dans un jardin, en sujet isolé et non pas en ensemble mono-spécifique, à cause d’une forte présomption d’origine génétique clonale. En haie, il convient de le laisser en forme libre et de le planter à grand espacement (pas moins de 2,5 m du sujet le plus proche).

Thierry Lamant est dendrologue. Il travaille dans un laboratoire de l’ONF associé à l’Inra