Arboretums de France

Historique

Arboretums de France aujourd'hui : un projet pour les arboretums du Loiret

Arboretum des grandes BruyèresL’Arboretum des Grandes Bruyères présente sur douze hectares ses collections de magnolias, chênes, cornouillers… au total 7 000 arbres et arbustes.

C’est l’ambition d’Arboretums de France : fédérer et soutenir les arboretums afin qu’ils puissent remplir leur mission de conservation, de diffusion et de transmission de la biodiversité et des savoirs botaniques… Mais que recouvrent exactement toutes ces notions et quels sont les enjeux ? Raymond Durand, président du Comité scientifique, en s’appuyant sur l’exemple des trois arboretums du Loiret, apporte ici des réponses à ces questions que beaucoup d’amoureux de la nature se posent.

Le terme “arboretum” signifie “collection d’arbres” (de arbo = arbre et tum = groupe, groupement). Un arboretum se définit donc comme un ensemble planté d’espèces ligneuses en nombre suffisant pour constituer un groupe. De ce fait, il exclut toute collection de plantes herbacées, à la différence des jardins botaniques. Les collections d’arbustes, pour leur part, ou Fruticetum stricto sensu, sont très rares. Les Barres, à Nogent-sur-Vernisson, sont un cas unique, l’un des plus riches au monde au début du XXe siècle. Aujourd’hui, arbres et arbustes se côtoient et s’harmonisent au sein des collections. C’est le cas aux Grandes Bruyères à Ingrannes. C’est aussi vrai aux Prés des Culands, à Meung-sur-Loire. Nous pouvons donc admettre qu’un arboretum est une collection d’espèces ligneuses réunissant des arbres et des arbustes.

Plusieurs types d’arboretums

Arboretum des Prés des CulandsL’Arboretum des Prés des Culands, sur deux hectares à Meung-sur-Loire, est un conservatoire national d’ilex (houx).

Les premiers arboretums ont été installés à des fins d’essais, de comparaison du comportement des végétaux et d’obtention du meilleur matériau. Il était donc obligatoire de disposer d’un nombre important d’arbres et de la plus grande diversité spécifique voire infraspécifique possible pour aboutir à des conclusions fiables. Ne parlait-on pas de “Jardins d’essais” ? C’est dans cet esprit que Duhamel du Monceau d’abord, puis P.-A. de Vilmorin plus tard, ont créé les collections du Pithiverais et des Barres. Mais quelle est la composition d’un arboretum ? Le groupement peut être formé à partir d’une quantité conséquente d’individus d’une même espèce de provenances diverses (comparaisons infraspécifiques), ou du même genre (comparaisons interspécifiques), de la même famille (comparaisons intergénériques), ou encore d’un maximum d’espèces, chacune représentée par un nombre limité de sujets. Les objectifs assignés à ces collections conduisent à distinguer plusieurs types d’arboretums.

Nous identifierons ainsi des arboretums forestiers – arboretums de sélection et d’élimination – rassemblant un nombre limité d’espèces ligneuses qui seront comparées pour les qualités de leur bois, de leur croissance, de leur comportement vis-à-vis des paramètres écologiques, de leur résistance aux pathogènes et aux ravageurs (insectes) etc., et des arboretums de collection réunissant un nombre important d’espèces ligneuses, généralement exotiques, faisant l’objet d’un suivi particulier concernant leur adaptation et leur valorisation. Ces arboretums de collection sont de précieux conservatoires génétiques et, pour ceux qui nous intéressent ici, sont des entités complexes, atypiques voire aberrantes dans les paysages du département du Loiret. En effet, très riches en espèces exotiques, ils contrastent fortement avec les formations boisées indigènes.

Ils induisent l’installation et le développement d’espèces d’accompagnement, faunistiques, floristiques et fongiques, absentes de l’environnement immédiat et s’inscrivent en tant que “pièges” ou “capteurs” d’une biodiversité exogène dont certains éléments peuvent constituer des signaux forts pour les utilisateurs potentiels, toutes catégories confondues, notamment vis-à-vis des maladies et des attaques d’insectes.

Première étape de l’introduction d’une nouvelle espèce sur un territoire donné, ces “collections dendrologiques” s’orientent aujourd’hui vers la création de collections limitées mais spécialisées, comme c’est le cas aux Prés des Culands avec une fameuse collection de houx, aux Grandes Bruyères avec d’impressionnantes collections de magnolias et de chênes, et aux Barres avec les chênes, aulnes et érables.

L’apport des arboretums de collection, aujourd’hui et demain

L’Arboretum national des BarresL’Arboretum national des Barres, à Nogent-sur-Vernisson, réunit sur trente-cinq hectares près de 9 000 arbres et arbustes.

L’intérêt des collections dendrologiques est celui qu’on leur accorde ! Celles des Barres ont été installées par P.-A. de Vilmorin à partir de 1834, à des fins expérimentales, scientifiques, l’objectif principal étant de comprendre l’acclimatation d’arbres ayant une possible valeur marchande. Le but a été atteint avec succès notamment chez les pins et les chênes. Plus tard, vers 1890-1905, Maurice de Vilmorin a réalisé les mêmes travaux avec les arbustes en créant, en dix ans, la collection d’arbustes de référence au monde, le Fruticetum Vilmorinianum.

C’est à partir de Nogent qu’ont été diffusés bon nombre de végétaux ornementaux à travers l’Europe. Aux Grandes Bruyères, la remarquable collection de magnolias fournit, dans le domaine du comportement des végétaux, des réponses inattendues, surprenantes ! Il en est de même pour les chênes. A Meung-sur-Loire, Pierre Paris cultive des houx depuis plusieurs décennies. Il a constitué l’une des plus riches collections d’Ilex au monde, devenue Conservatoire National d’Ilex. Le Loiret et la région Centre ont ainsi le privilège de posséder trois collections dendrologiques d’âge différent, dans le Gâtinais, dans le massif de la Forêt d’Orléans et dans le Val de Loire, c’est-à-dire dans des contrées écologiquement différentes, ce qui renforce leur intérêt. Alors que se pose la question inhérente aux soubresauts climatiques n’a-t-on pas intérêt à mieux comprendre le comportement des végétaux cultivés dans les collections botaniques pour, peut-être, en utiliser quelques-uns au moment où insectes et déficits hydriques répétés achèveront des peuplements forestiers et ornementaux qui, déjà, souffrent énormément ?

Pédagogie, tourisme, les outils d’une valorisation

Ces conservatoires génétiques de première importance offrent des potentialités de valorisations pédagogiques, culturelles et touristiques encore sous-estimées. Aux Barres, l’enseignement forestier a compris, dès 1874, les intérêts offerts par la présence d’un matériel végétal important et varié réuni en un seul lieu. Non seulement sont rassemblés des arbres et des arbustes mais s’y ajoute un cortège d’accompagnement exotique au site, induisant une “biodiversité apportée”, ce qui fait de tous les arboretums des sites privilégiés pour développer des activités pédagogiques, biologiques, de découverte des biotopes et de leurs composantes.

Les outils pédagogiques dont nous disposons aujourd’hui pourraient et devraient exacerber cette mission. Un autre atout des collections précitées est d’être intégrées dans des paysages variés, parcourus par la Loire, le canal de Briare, le canal d’Orléans, sans oublier la Forêt d’Orléans et ses chemins de randonnée. Une valorisation touristique est ainsi possible en associant ces sites aux parcours existants (Loire à vélo, Route Jacques Coeur, Piste cyclable Nogent-Le Jardin des arbres –A77) et aux activités de plaisance pratiquées sur les canaux. Cet atout touristique doit bien sûr s’appuyer sur l’élaboration de produits dépassant la simple découverte des lieux. Un chapitre culturel doit être élaboré afin d’apporter aux visiteurs ce qui fait la renommée de chaque collection. Une meilleure diffusion du savoir et de l’histoire des trois sites est une démarche nécessaire pour le développement culturel de chacun d’eux.

Pour l’heure, les gestionnaires ou propriétaires des arboretums des Barres, des Grandes Bruyères et des Prés des Culands ont décidé d’éditer un ouvrage qui aurait pour titre “Les arboretums du Loiret”, première étape de valorisation commune des trois principaux arboretums du Loiret et de la région Centre.

Le fruit d’un engagement de plus de trente ans

C’est désormais sous la bannière d’Arboretums de France que nous poursuivons notre engagement en faveur de la biodiversité et de tous les espaces, arboretums, parcs, jardins… qui, dans notre pays, oeuvrent à la conservation dynamique des espèces afin de préserver le patrimoine unique et irremplaçable dans sa diversité que nous a légué la nature.

Les Grandes Bruyères

Hier, il y a trente ans déjà, c’est sous le nom de Parcs et Jardins de France qu’une première fondation voyait le jour. Elle allait ensuite rejoindre la Fondation Mansart, avant d’adopter aujourd’hui la forme d’un fonds de dotation spécialisé “Arboretums de France”. Mais la vocation initiale n’a pas changé, bien au contraire, et les milliers de donateurs qui ont accompagné cette ambition peuvent être légitimement fiers du chemin parcouru.

Quelques grandes dates ont ponctué cette aventure

  • 1982 : Bernard de La Rochefoucauld crée Parcs et Jardins de France et fait don à l’association de l’Arboretum des Grandes Bruyères
  • 1992 : Parcs et Jardins de France est reconnu d’utilité publique
  • 1999 : une tempête dévastatrice détruit une partie de la forêt française. L’opération “Reboisons la France” lancée par l’association permet de récolter près de 10 millions de francs et d’aider plus de 300 parcs et jardins, dont Versailles
  • 2000 : Danielle Valentin rejoint l’association en qualité de déléguée avec notamment pour mission d’en développer l’action et le réseau de donateurs.
  • 2003 : après la canicule et la sécheresse estivales qui ont touché une grande partie de la flore française, l’association parvient à mobiliser près de 20 000 donateurs et aide plusieurs dizaines de parcs et jardins à déplanter, déssoucher, élaguer, réhabiliter leur système d’irrigation, replanter…
  • 2009 : une grave tempête touche le sud-ouest. Grâce à son opération SOS Sud-Ouest, l’association constitue un fonds de solidarité et aide de nombreux parcs.

Et au cours de ces trente années : soutien à plusieurs centaines de parcs (de Canon, Edouard-André, du Palais Briau…), jardins (de Gourdan, du Rivau, Carré Vert…), arboretums (de Balaine, des Prés-des-Culands, du Poërop à Huelgoat, Vilmorin…). Et aussi : financement d’expéditions botaniques, enrichissement botanique de l’Arboretum des Grandes Bruyères…

Avec vous, et grâce à votre fidélité, nous pouvons pérenniser nos actions en faveur de la biodiversité, cette véritable “assurance vie” de l’humanité.